Les 5 questions à se poser sur le Bore-out

Bore out syndrome

Après le Burn-out, voici venu le Bore-out.

On ne parle plus ici de surmenage et de stress au travail mais au contraire d’un trop peu de stress, d’un ennui (que certains qualifieraient d’intersidéral).


Ça veut dire quoi Bore-out, et ça sort d’où ?

C’est un terme qui est apparu pour la première fois en 2007 dans Diagnose Boreout de Peter Werder et Philippe Rothlin, deux consultants suisses. Ça vient du mot anglais “boring” qui signifie “ennuyeux” et “out” qui signifie “en dehors”. On l’utilise pour parler d’épuisement professionnel par l’ennui.

On est en Bore-out quand on s’ennuie dans son travail :

  • soit parce qu’on n’a pas assez de travail

  • soit parce qu’on n’est pas assez sollicité et stimulé

  • ou alors parce qu’on a un travail monotone et répétitif


Pour quelles raisons le Bore-out est-il arrivé dans nos vies ?

L’INRS présente trois principales “causes-racines” à l’émergence de ce syndrome :

  • l’organisation : notamment la répartition de la charge de travail entre les salariés suite à des réorganisations et au développement des nouvelles technologies.

  • le savoir-faire : lorsque le niveau de formation du salarié n’est pas adapté. C’est le cas pour les jeunes actifs hyper-diplômés qui se retrouvent surqualifiés dans leur premier emploi ou lorsque certains salariés se retrouvent mis au placard pour des questions de réorganisations notamment.

  • les motivations seraient également en cause. Elles seraient de moins en moins extrinsèques, c’est à dire liées à un élément extérieur comme le salaire ou la sécurité de l’emploi par exemple, mais de plus en plus intrinsèques. Les motivations intrinsèques sont liées aux intérêts et au plaisir que l’individu va trouver dans l’action, sans attendre de récompense externe.

Bien sûr, en fonction de chaque individu, d’autres éléments sont à prendre en compte : la trajectoire professionnelle (mauvaise orientation, choix de métier par défaut…), l’estime de soi, le besoin de reconnaissance…


Et ça se manifeste comment le Bore-out, c’est quoi les symptômes ?

Même si de nombreux articles et ouvrages mettent en avant des symptômes similaires, il est difficile d’avoir une vision officielle et précise sur les symptômes du Bore-out. Pour me rapprocher au plus près de critères officiels, j’ai catégorisé les symptômes par type, comme ça a été fait dans le Guide de prévention du Burn-out par l’INRS.

Bore out

Le Bore-out pourrait se traduire cumulativement de cinq manières sur l’individu :

  1. Manifestations émotionnelles : ennui, stress dû à la honte et la culpabilité, humeur triste, manque d’entrain, moral en berne, perte de sens

  2. Manifestations physiques : perte de mémoire, angoisse, crise d’épilepsie, vertige, tremblement, trouble du sommeil, dépression

  3. Manifestation cognitive : sentiment d’inutilité

  4. Manifestations comportementales : étirement des tâches, invention de nouvelles tâches, ingérence sur le travail des autres, baisse du présentiel, isolement social, repli sur soi

  5. Manifestations motivationnelles : baisse de la motivation, désengagement progressif, effritement des valeurs associées au travail, manque de reconnaissance conduisant à une baisse de l’estime personnelle

L’ennui au travail pourrait donc, tout comme l’excès de travail, engendrer de nombreux symptômes nocifs pour la santé mentale et physique des salariés exposés.


Des études pour confirmer tout ça ?

Là encore, même si on évoque ce syndrome depuis plus de dix ans, il est difficile de trouver des études et des recherches académiques sur le sujet. En 2008, une étude Stepstone réalisée sur plus de 11 000 personnes venant de sept pays européens, affirmait que l’ennui au travail touchait 32 % des salariés européens. Des salariés qui indiquaient passer au moins deux heures, voire toute la journée, à ne rien faire. Mais, a priori, cette étude aurait, en partie, été conduite auprès de chômeurs… 🤔 Prenons ces chiffres avec grande précaution…

Une seconde étude anglaise intitulée Bored to death, réalisée en 2010 sur 7 500 personnes du service public anglais, est arrivée à la conclusion que les salariés qui s’ennuient au travail présenteraient un risque de deux à trois fois plus élevé de maladies cardio-vasculaires que ceux dont l’emploi est stimulant, notamment parce que face à l’ennui des habitudes palliatives se mettent en place : grignotage, pauses cigarettes, et parfois même alcool.

Mais cette étude identifie aussi que la proportion d’agents qui s’ennuient suffisamment au travail pour voir leur santé affectée s’établit seulement autour de 2%. Prenons donc aussi avec beaucoup de précautions l’ensemble de ces données…

Même si l’on peut remettre en question la fiabilité de ces études et leurs résultats, elles ont le mérite de mettre en avant la problématique de l’ennui au travail, jusque là encore peu abordée, mal connue et malheureusement tabou.


Pourquoi on en parle moins dans les débats sociaux ?

“Être payé à ne rien faire” dans une société où la valeur Travail est un pilier : pas toujours facile à avouer. Le sentiment de honte et de culpabilité, que les salariés ressentent, contribue à en faire un tabou dans le milieu professionnel.

C’est ce qu’évoque Frédéric Desnard qui se dit victime de Bore-out :

“J’ai mis beaucoup de temps avant de réaliser que j’étais placardisé. J’ai ressenti un immense vide. Je suis devenu un zombie professionnel. Ce sentiment de vide était manifeste, mais j’avais honte de le partager avec mes proches. J’étais payé à ne rien faire, de quel droit devais-je me plaindre ? Au fond de moi, j’avais honte de toucher un salaire sans aucune justification. Le matin, je pleurais en allant au travail, mais je n’arrivais pas à mettre de mots sur cette souffrance.”

Un témoignage appuyé par Sylvie, assistante de direction qui a perdu presque toutes ses missions :

Pendant quatre ans, j'ai dû faire semblant de travailler. Je regardais les minutes passer. Je tapais sur mon clavier dans des documents vides, des trucs au hasard qui n'avaient aucun sens. Ça ne m'aurait pas gênée de regarder par la fenêtre et de ne rien faire, mais je devais faire croire à tout le monde que j'avais du boulot. Aux collègues par décence, et au chef pour ne pas récupérer des tâches inutiles.”

Le Bore-out aurait également des répercussions physiques comme l’exprime Mathilde, responsable marketing qui a subi une réorganisation suite au rachat de la société dans laquelle elle travaille  :

“Je ne travaille qu'une à deux heures par jour seulement sur des missions de stagiaire, c'est dévalorisant et très dur moralement. Plus le temps avance et plus j’ai du mal à savoir à quels types de jobs postuler. J’ai des problèmes de concentration, et de sommeil... Je ne suis pas (encore) en dépression mais mes proches s’inquiètent.”


Ce qu’il faut retenir :

  • Le Bore-out est un syndrome émergeant dans le monde du travail.

  • Il survient par ennui lié à un manque de travail, un déficit de stimulation ou la monotonie des tâches à effectuer.

  • Il est issu de la réorganisation des entreprises, de l’inadéquation entre le savoir-faire du salarié et de ses missions ou encore de l’évolution des motivations.

  • Les symptômes du Bore-out sont multiples et peuvent se cumuler. Les plus fréquents : l’ennui, le manque d’entrain, la perte de sens, le sentiment d’inutilité, le repli sur soi, la démotivation et la baisse de l’estime personnelle.

Pour compléter la liste des syndromes en “out”, des chercheurs se sont penchés depuis deux ans sur la démotivation au travail, non pas à cause du stress ou de l’ennui, mais à cause d’une perte de sens. Je vous en parle très prochainement.

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