Le Brown-out : quand on ne trouve plus aucun sens à ce que l'on fait

Brown-out

Après le Burn-out et le Bore-out, laissez moi vous parler du Brown-out.


Le Brown-out, qu’est-ce que c’est ?

Le Brown-out se traduit de l’anglais comme “une baisse de courant”. On l’utilise pour parler d’épuisement professionnel dû à une perte de sens dans son travail.

On est en Brown-out :

  • soit parce que son activité professionnelle et ses missions ne font plus sens

  • soit parce que la culture de l’entreprise dans laquelle on travaille n’est plus en adéquation avec ses valeurs et ses attentes

  • ça peut aussi être les deux à la fois : une perte de sens concernant ses missions ET la culture de son entreprise


Le Brown-out, d’où vient-il ?

Le premier à en parler, c’est David Graeber, un anthropologue américain. En 2013, il dénonçait le Brown-out sans le nommer dans une tribune intitulée Bullshit Job” (Job à la con), dans laquelle il expliquait qu’avec l’essor des nouvelles technologies, les métiers sans intérêt aller se multiplier. Il affirmait qu’en raison du progrès technologique, la société créait des métiers et des tâches inutiles, notamment dans le secteur des services : consulting, ressources humaines, communication… Des éléments qui, selon lui, sont toujours d’actualité en 2018 :

“Les emplois inutiles se sont multipliés de façon exponentielle ces dernières décennies. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter les salariés conscients de la faible utilité de leurs emplois. Des millions de personnes souffrent aujourd’hui d’un terrible manque de sens, couplé à un sentiment d’inutilité sociale.”

Dans la même dynamique, les chercheurs britanniques et suédois André Spicer et Mats Alvesson conceptualisent le Brown-out en 2016 dans leur ouvrage “The Stupidity Paradox”, où ils présentent la mécanique des entreprises qui consiste à recruter des salariés brillants mais à les encourager à ne pas utiliser leur intelligence.

Avec seulement deux ans d’existence, il est difficile de trouver des recherches académiques sur ce nouveau syndrome pour en comprendre les origines, hormis celles évoquées par David Graeber, André Spicers et Mats Alvesson :

  • l’organisation des entreprises qui ne cesse d’évoluer avec le développement des nouvelles technologies

  • la surqualification des jeunes actifs qui arrivent hyper-diplômés dans leur premier emploi

Pour Marc Estat, ancien cadre dirigeant qui évoque le Brown-out dans un ouvrage intitulé Néantreprise, “les process” seraient également en cause :

“À l’heure actuelle, ce que je constate, c’est que l’on passe une grande partie de son travail à des tâches inutiles, voire contre-productives. Et cela participe grandement à la perte de sens que les gens perçoivent de leur travail actuel. En cause notamment, le ‘processussage’ de la moindre tâche.

L’évolution des motivations, dont je parlais dans un précédent article sur “Le rapport au travail et les générations”, pourrait également être en lien. Les jeunes générations seraient plus sensibles à l’intérêt et au sens de leurs missions, et à l’utilité sociale de leur travail.


Quand on est en Brown-out, qu’est-ce qu’on ressent ?

Comme pour le Bore-out, il n’existe pas de vision officielle sur les symptômes du Brown-out. J’ai donc pris, à nouveau, le parti de catégoriser les symptômes par type, comme ça a été fait dans le Guide de prévention du Burn-out par l’INRS.

Symptômes du brown-out

Le Brown-out pourrait se traduire cumulativement de cinq manières sur l’individu :

  • Manifestations émotionnelles : perte de sens, désillusion et déception du monde du travail, humeur triste, manque d’entrain, moral en berne

  • Manifestation physique : lassitude

  • Manifestation cognitive : sentiment d’inutilité, perte du sens de l’humour

  • Manifestations comportementales : procrastination, isolement social, repli sur soi

  • Manifestations motivationnelles : baisse de la motivation, désengagement progressif, effritement des valeurs associées au travail, manque de reconnaissance conduisant à une baisse de l’estime personnelle, désintérêt pour la vie familiale et sociale


Le Brown-out : le miroir d’une société qui dysfonctionne ?

La perte de sens au travail pourrait donc, tout comme l’ennui et le surmenage au travail, engendrer de nombreux symptômes nocifs pour la santé des salariés exposés. Elle pourrait encourager l’effritement des valeurs associées au travail, comme l’exprime Henri, manager :

“Ma fonction consiste à mettre la pression sur les échelons inférieurs, et réduire les budgets. La perversion du système est que je touche une prime d’objectif en essorant les autres. Je me sens laid.

Clara Deletraz, 32 ans a elle aussi ressenti les symptômes du Brown-out :

“J’ai travaillé dans de grands groupes du CAC 40. Je ne trouvais aucun sens à ce que je faisais. Je me suis redirigée vers le secteur public pour l'aspect intérêt général. Mais là, c'est le manque d'efficacité et la lourdeur que je n'ai pas supportés”.

Puis, persuadée de ne pas être la seule, elle a co-fondé une société, le Switch Collective, qui offre des programmes de formations aux cadres en quête de sens :

“Les gens qui viennent se questionnent sur les valeurs de leur boîte, ont l’impression d’être un pantin dans une organisation figée, ou de ne jamais voir l’aboutissement de leur travail à cause de tâches trop morcelées. Ce n’est pas qu’un phénomène purement générationnel, ça touche tout le monde.

Pour certains, comme François Baumann, médecin généraliste et spécialiste des pathologies liées à la souffrance au travail :

“Ces syndromes [Burn-out, Bore-out, Brown-out] sont l’expression d’une société qui dysfonctionne”.

Dans l’ouvrage “Qu’est-ce qui nous arrive ? Peut-on encore choisir notre avenir ?”, Emmanuelle Duez, entrepreneure, évoque quant à elle une crise de l’engagement des salariés :

“Des collaborateurs par milliers se donnent à 50 % de leurs capacités car, ne comprenant pas le sens de leur action et le sens de l’entreprise dans la société, ils débranchent la prise ou se cassent.


Ce qu’il faut retenir :

  • Le Brown-out est un syndrome émergeant dans le monde du travail.

  • Il survient quand on ne trouve plus de sens à ce que l’on fait professionnellement.

  • Comme le Bore-out, il est issu de l’organisation des entreprises, de l’inadéquation entre le savoir-faire du salarié et de ses missions ou encore de l’évolution des motivations.

  • Les symptômes du Brown-out sont multiples et peuvent se cumuler. Les plus fréquents : la perte de sens, la désillusion et la déception du monde du travail, la lassitude, le repli sur soi, la démotivation et le désengagement progressif.

Le Brown-out vient compléter la liste des syndromes en “out”. Certains critiqueront l’abus de ces anglicismes (Burn-out, Bore-out, Brown-out), mais ils ont au moins le mérite de mettre en avant des problèmes qui existent depuis longtemps dans le monde du travail. En les désignant, on facilite leur reconnaissance et la mise en place d’accompagnements de prévention spécifiques.


 
 

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