Rapport au travail & générations

Chaque génération est marquée par des mutations culturelles, économiques, sociales, technologiques, historiques...

C’est ce qui fait que chacune d’elle a des perceptions et des approches différentes vis à vis du travail, que ce soit au niveau de l’équilibre professionnel et personnel, du sens qu’elles souhaitent donner à leurs missions, des formes d’organisation qu’elles affectionnent, de leur rapport à la sécurité de l’emploi, etc.

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Le SPREW

Dans cet article, je m’appuierai principalement sur les résultats du programme européen Social Pattern of relations to work (SPREW) qui a été mené sur deux ans dans six pays différents. Son objectif : explorer la question des différences dans le rapport au travail des générations en Europe.

Dans ce programme, les chercheurs ont distingué trois générations d’actifs :

  • les moins de 30 ans : le groupe “jeune”

  • les âgés de 30 à 50 ans : la génération du milieu

  • les plus de 50 ans : les plus âgés


Vers plus de sens et d’utilité sociale chez les jeunes

Les résultats de ce programme montrent que les plus jeunes accordent globalement autant d’importance au travail que les plus âgés. Voilà donc un premier point commun.

Mais, les plus jeunes accorderaient davantage d’importance que leurs aînés aux aspects intrinsèques du travail. Ils seraient plus sensibles à l’intérêt et au sens de leurs missions, et à l’utilité sociale de leur travail.

  • 71% des moins de 30 ans considèrent qu’avoir un emploi intéressant est important (contre 68% pour les 30 à 50 ans et 65% pour les 50 ans et plus)

  • 28% des moins de 30 ans considèrent important le fait de venir en aide aux autres personnes et d’être utile à la société (contre 18% des 30 à 50 ans)


Le salaire : signe objectif de reconnaissance et d’estime

travail et salaire

Cette étude montre qu’il y a effectivement une croissance des attentes intrinsèques dans le travail, notamment chez les jeunes générations. Mais celles-ci n’excluent pas pour autant certains aspects extrinsèques du travail !

Si les jeunes sont moins nombreux que les générations plus âgées à accorder de l’importance à la sécurité de l’emploi, ils accordent une très grande importance au salaire (tout comme les générations plus âgées).

Le salaire serait investi d’une valeur symbolique permettant de mesurer la valeur d’une personne, et d’être ainsi un signe objectif de reconnaissance et d’estime.


Plus de liberté pour les uns et d’équilibre pro/perso pour les autres

L’étude montre que les trois générations auraient des attentes et attitudes différentes :

  • les jeunes demanderaient davantage de liberté, d’opportunité de développement personnel et des salaires plus élevés

  • la génération du milieu réclamerait un support pour mieux concilier vie professionnelle et personnelle, mais aussi des mesures en terme de formation dans une perspective d’allongement de la vie active

  • les plus âgés attendraient une meilleure reconnaissance de leur expérience et une adaptation des conditions de travail compatible avec le vieillissement


Vers une valeur polycentrique de l’existence

Alors que nous vivons dans une société où la valeur Travail a longtemps été centrale, l’étude SPREW met également en avant l’évolution vers une valeur “polycentrique” de l’existence, c’est à dire une conception de la vie organisée autour de plusieurs centres : professionnel, familial, couple, loisirs, social…

“Les jeunes recherchent une cohérence entre le travail et la vie en termes de sens et de valeurs, ce qui les amène, relativement souvent, à préférer l’insécurité dans un emploi qui a du sens plutôt que la stabilité dans un travail qui n’en a pas. Ils ont moins peur de l’instabilité que les générations précédentes ; ils semblent envisager la précarité comme un événement “normal” mais transitoire.” Dominique Meda, directrice de recherches au Centre d’études de l’emploi à Paris.


épanouissement au travail

Ce qu’il faut retenir :

  • Les jeunes générations accorderaient davantage d’importance au sens de leur travail, à leur utilité sociale et à leur épanouissement personnel.

  • Les générations précédentes accorderaient davantage d’importance à l’équilibre vie professionnelle et personnelle, et à des conditions de travail adaptées à l’allongement de la vie active.

  • Toutes les générations ont un rapport similaire au salaire qui permettrait de mesurer la valeur d’une personne, et d’être un signe objectif de reconnaissance et d’estime.

  • On observe une évolution des mœurs vers une conception de la vie organisée autour de plusieurs valeurs à la fois professionnelle, personnelle, familiale, sociale et amoureuse (et plus uniquement autour de la valeur Travail).


Sources :

Centre de Recherche Travail et Technologie de Namur (2006-2008), SPReW - Approche générationnelle des modèles sociaux de rapport au travail, Programme européen de R&D "Citizens and governance in the knowledge-based society"

Méda D. et Vendramin P. (décembre 2010), Les générations entretiennent-elles un rapport différent au travail ?, SociologieS